Notre salon Arletty: dès le début des années 1930, Arletty est devenue une figure érotique, ce dont témoigne ce portrait de Moïse Kisling, datant de 1933. Crédits : © Moïse Kisling / ADAGP, Paris 2012 / Photo © Studio Monique Bernaz, Genève.

samedi 5 août 2017

Poème (Chambre n° 94)

Ton corps
Je le reçois cette nuit
Comme une éclaboussure
Comme une harde jetée
Contre ma nudité
Informe
Et belliqueuse.

Heurte mon ventre
De tes désirs de pierres.
Blesse mon errance.

La lune
Cette nuit
Est faite d’un miel dégoulinant et de Cranberry
Au fond d’une tasse
Blanche.


J’ai chaud

Rend plus inévitable encore
A l’approche de lendemains
Troublants
La mort.

Déraisonnons !

En ton nombril crevé
Une fleur.
Et au mont de ta verge
Une citadelle
Où avalent des amants

Au-dessus
D’une vallée

De fruits. 

vendredi 28 juillet 2017

Une soirée avec?

LE CHIEN DE BRISQUET
Une légende de L’Eure.
(Suite extrait n°4, 5 et 6)

- Paix, lui dit Brisquette. Ecoute, Biscotine, va jusque devant la butte pour savoir si ton père ne revient pas. Et toi, Biscotin, suis le chemin au long de l'étang, en prenant bien garde s'il n'y a pas de piquets qui manquent. Et crie fort "Brisquet, Brisquet !" ... Paix, la Bichonne.
Les enfants allèrent, allèrent, et quand ils se furent rejoints à l'endroit où le sentier de l'étang, vient couper celui de la butte :
- Mordienne, dit Biscotin, je retrouverai notre pauvre père ou les loups m'y mangeront.
- Pardienne, dit Biscotine, ils m'y mangeront bien aussi.
Pendant ce temps-là...
Brisquet était revenu par le grand chemin de Puchay, en passant à la Croix aux Ânes, sur l'abbaye de Mortemer, parce qu'il avait une hottée de cotrets à fournir chez Jean Pasquier.
- As-tu vu nos enfants ? lui dit Brisquette
- Nos enfants ? dit Brisquet. Nos enfants ? Mon dieu ! Sont-ils sortis ?
- Je les ai envoyés à ta rencontre jusqu'à la butte et à l'étang, mais tu as pris un autre chemin.
Brisquet ne posa pas sa hache. Il se mit à courir du côté de la butte.
- Si tu menais la Bichonne ? lui cria Brisquette
La Bichonne était déjà bien loin. Elle était si loin que Brisquet la perdit bientôt de vue. Et il avait beau crier : "Biscotin, Biscotine !", on ne lui répondait pas.
Alors il se prit à pleurer, parce qu'il s'imagina que ses enfants étaient perdus. Après avoir couru longtemps, longtemps, il lui sembla reconnaître la voix de la Bichonne. Il marcha droit dans le fourré, à l'endroit où il l'avait entendue, et il entra, sa bonne hache levée. La Bichonne était arrivée là, au moment où Biscotin et Biscotine allaient être dévorés par un gros loup. Elle s'était jetée en aboyant, pour que ses abois avertissent Brisquet.

Brisquet d'un coup de sa bonne hache renversa le loup roide mort mais il était trop tard pour la Bichonne. Elle ne vivait déjà plus.
(A suivre)

lundi 17 juillet 2017

Cora VAUCAIRE - Trois petites notes de musique

Une soirée avec ?

LE CHIEN DE BRISQUET
Une légende de L’Eure.
(Extrait N°3)

Brisquet, qui allait toujours à sa besogne, et qui ne craignait pas les loups, à cause de sa bonne hache, dit un matin à Brisquette :
- Femme, je te prie de ne laisser courir ni Biscotin, ni Biscotine, tant que Monsieur le grand louvetier ne sera pas venu. Il y aurait du danger pour eux. Ils ont assez de quoi marcher entre la butte et l'étang, depuis que j'ai planté des piquets le long de l'étang pour les préserver d'accident. Je te prie aussi, Brisquette, de ne pas laisser courir la Bichonne, qui ne demande qu'à trotter.
Brisquet disait tous les matins la même chose à Brisquette.
Un soir, il n'arriva pas à l'heure ordinaire. Brisquette venait sur le pas de la porte, rentrait, ressortait, et disait, en se croisant les mains :
- Mon dieu, qu'il est attardé !
Et puis elle sortait encore, en criant :
- Et Brisquet !
Et la Bichonne lui sautait jusqu'aux épaules, comme pour lui dire :
- N'irais-je pas ?
(A suivre)